La réponse est simple : qui peut arriver dans les deux premiers et gagner le duel final. À mon sens, 5 familles politiques sont à prendre en considération. Mais allons dans l'ordre. Le premier tour d'abord.
L'UMP (et ralliés) a ses chances. Avec à plus près 20% d'électeurs prêts à le revoter, ce parti reste un pivot de la vie politique française. Et, malgré une certaine usure, il faut noter que cette famille politique n'a jamais été vraiment écartée d'un deuxième tour. Même Giscard, en 1974, était soutenu par Jacques Chirac, que de l'UMP sera le fondateur 28 ans plus tard. D'ailleurs, ce même Chirac, sera qualifié pour le deuxième tour avec des scores relativement faibles, (20,8 en 95, derrière Jospin ; 19,88 en 2002 devant JM Le Pen). Plutôt, à noter que l'étiage prévisible de l'UMP retrace, peu ou prou, les scores du RPR, signe que l'absorption de nombreux anciens membres de l'UDF a été, pour le RPR, un échec politique, jusqu'à présent.
Le FN a ses chances. Il s'inscrit dans un contexte supranational favorable à l'essor de mouvements populistes surfant sur les peurs, en particulier sur l'opposition du "national" à l' "étranger". D'ailleurs, le terme est à référer à la "Nation perçue" : la France, les Flandres ou la "Padanie" étant des nuances différentes du même concept. Son niveau élevé dans les sondages n'a rien d'étonnant. Par ailleurs, le FN a été donné pour mort un peu trop vite en 2002, quand il réalisait plus de 10% et restait la quatrième force politique française. Renouvelé dans ses dirigeants, plus que dans les idées et les méthodes, c'est un prétendant sérieux.
Le PS (et ralliés) a ses chances. Notamment parce que il a des excellents relais locaux, parce que l'envie de changer de Président est forte et parce que l'on peut parier sur une nouvelle vague de vote utile à gauche. En cela, le FN est objectivement le meilleur allié du PS.
Jusque là, rien de nouveau par rapport aux sondages. Toutefois, il y a deux "camps" qui peuvent également être de la partie : les écologistes et les démocrates (à distinguer des "centristes", se référer à mon "Manifesto").
Les écologistes sont un objet politique passionnant. En effet, il y coexistent trois âmes différentes. Les techno-écolos, scientifiques de formation ou pour passion, lesquels prônent les "solutions". Complexes et techniques (connaissez-vous vraiment la "néguentropie" ?) ces solutions sont inaudibles en tant que telles par le grand public, mais donnent une certaine crédibilité. On y aussi trouve les idéo-écolo. Convaincus que l'Homme est le pire ennemi de l'Homme, ce sont des idéologues dont l'approche s'apparente à du totalitarisme planiste. Forcément anti-capitalistes sans porter le poids de l'étiquette communiste, rendent paradoxalement acceptable l'option écologiste à l’électorat de gauche. Enfin, il y a les populo-écolo. Prendre un problème réel (l'état de l'environnement et les risques pour l'Homme), utilisant l'actualité (réelle) pour stimuler des peurs via le sentiment d'impuissance, pour en tirer un consensus électoral, c'est l'essence même du populisme. Si on remplaçait "nucléaire" par "islamique" on retomberait, sans aucun écart de méthode, chez le FN. Or, le populisme a le vent en poupe. Et ce polymorphisme permet d'avoir un bassin électoral potentiel très large. D'ailleurs, dans les jours suivants les événements de Fukushima, les Grünen allemands ont effectivement conquis un Länder, Région-État dans la structure fédérale d'outre-Rhin.
Enfin, les démocrates. Ils ont l'objectif le plus difficile : mobiliser les abstentionnistes. En effet, ces taux si élevés d'abstention manifestent, du moins en partie, l'incapacité de l'offre politique de répondre aux attentes. Selon les derniers sondages, à peine un électeur sur deux se reconnait dans le clivage droite/gauche. Est-que dans l'autre moitié tous sont sensibles aux populismes ? Je ne le crois pas. Il y a, c'est une évidence, une place durable sur l'échiquier politique pour une proposition responsable, crédible, claire, construite et alternative au duopole gauche/droite. Aujourd'hui cette proposition n'a pas encore réussi à se faire apprécier par les électeurs. Il faut dire aussi que le public cible est extrêmement exigent. D'ailleurs, je le comprends : pour avoir des gens du niveau, que dis-je, de l'UMP, on prend l'UMP. Normal. Mais si le démocrates devaient réussir à se faire écouter réellement, ils deviendraient des challengers redoutables pour la campagne à venir et, plus en général, pour l'occupation de l'espace politique des prochaines décennies.
En revanche, je crois qu'aucune chance ne sourit aux candidatures tactiques et de nuisance, comme celles prévisibles ou annoncées du FdG, du NPA, du MRC, de la "Conféderation des Centres", ou de République Solidaire (RS).
Venons maintenant au deuxième tour. L'analyse précédente indique que les scores très élevés au premier tour constatés pour les deux challengers finaux, pourrait avoir été un événement exceptionnel. Si on prend comme référence pour être qualifiés la barre des 20% (ce qui est historiquement confirmé), gagner implique de rassembler nettement plus de voix venus d'ailleurs par rapport aux suffrages de ses propres supporters. À ce jeu, tout le monde n'est pas loti à la même enseigne.
Le FN : comme montré par l'expérience des cantonales, ses capacités à gagner un duel majoritaire sont très en deçà de la capacité à s'y qualifier. Battu d'avance contre l'UMP, les écologistes et les démocrates, il garde une chance infime contre le PS mais sa victoire serait, en l'état connu aujourd'hui, une énorme surprise.
L'UMP : gagnant contre le FN, il est à mon sens perdant contre les écologistes et contre les démocrates. En revanche, l'histoire montre sa capacité à bien gagner les duels contre le PS.
Le PS : Probablement gagnant contre le FN et probablement perdant contre l'UMP, il serait également en difficulté contre les écologistes, lesquels ont emporté quelque duel au récentes cantonales malgré la prime à l'ancrage du PS. Contre les démocrates le score serait ouvert : plus à même de rassembler au-delà des frontières partisanes ces derniers, favori dans la captation du vote écologiste le PS. À l'exception d'un duel avec le FN, on peut anticiper des scores serrés.
Les écologistes : Gagnants annoncés sur le FN et l'UMP, ils seraient légèrement favoris face au PS. Face au démocrates, le duel serait serré et il se jouerait sur la capacité d'attirer l'électorat socio-démocrate lequel, minoritaire au PS peut néanmoins faire basculer l'élection. Pour cela, les démocrates me semblent mieux armés.
Petit récapitulatif en guise de tableau, avant d'une considération finale.
| Démocrates | Écologistes |
FN | PS | UMP | |
| Démocrates | - | DEM | DEM++ | DEM | DEM++ |
| Écologistes |
DEM | - | ECO++ | ECO+ | ECO++ |
| FN | DEM++ | ECO++ | - | PS+ | UMP++ |
| PS | DEM | ECO+ | PS+ | - | UMP |
| UMP | DEM++ | ECO++ | UMP++ | UMP | - |
Chaque famille politique peut être confrontée à quatre duels.
Les Écologistes en gagneraient trois, seul les Démocrates pouvant leur contester la victoire.
Les Démocrates en gagneraient deux et il seraient très légèrement favoris dans les deux autres, le score réel dépendant de la campagne concrète.
L'UMP battrait le FN et serait à peine favori contre le PS.
Le PS battrait le FN et serait au coude à coude contre UMP et Démocrates
Le FN, serait battu en tous les quatre hypothèses.
De cette analyse, on peut tirer une morale. Il y a, de manière absolument criante, une demande de renouvellement de la politique en France. Cela s'exprime par l’abstentionnisme mais également par les poussées populistes. Il serait opportun que les élections permettent à cette demande de trouver une réponse avant que le décollage ne soit total entre le Peuple et ses élus. Et donc, entre le Peuple et l’État.
Dans cette perspective, un deuxième tour opposant Démocrates et Écologistes me semble la meilleur perspective pour la France et les personnes qu'y résident, y payent des impôts et y font grandir leurs enfants.
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